Solidarité internationale : “La France doit avoir l’audace de tenir ses promesses”

10 députés de gauche, de droite et du centre unissent leur voix pour demander plus d’ambition pour la solidarité internationale — Vue panoramique de l’hémicycle — © Assemblée nationale

10 députés de gauche, de droite et du centre unissent leur voix pour demander plus d’ambition pour la solidarité internationale.

Après trois ans d’attente et de reports successifs, le projet de loi relatif au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales arrive enfin au Parlement. Cette loi est une opportunité unique d’améliorer l’efficacité et la transparence de notre outil de solidarité envers les pays les plus pauvres du monde, l’aide au développement.

Aujourd’hui plus que jamais, il est vital d’avoir une politique de développement à la hauteur des enjeux. Bien que méconnues, de grandes avancées avaient été réalisées avant la pandémie de COVID-19 : la part de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté, c’est-à-dire vivant avec moins de 1,90 dollar par jour, avait reculé de plus de 70% depuis 1990. Mais ces progrès durement acquis sont aujourd’hui menacés. Pour la première fois depuis les années 1990, l’extrême pauvreté ne va plus reculer mais augmenter : la Banque mondiale estime que les conséquences de la pandémie ont pu faire basculer jusqu’à 115 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté rien qu’en 2020, soit une explosion de près de 17% en seulement un an.

La crise que nous traversons nous a rappelés à nos interdépendances, et nous l’affirmons aujourd’hui avec encore plus de certitudes qu’hier : investir dans une solidarité internationale ambitieuse, c’est miser sur un monde plus résilient, plus juste et plus durable. Alors que les députés sont appelés à voter sur l’avenir de notre solidarité internationale, nos voix s’élèvent à l’unisson d’un bout à l’autre de l’hémicycle pour tirer la sonnette d’alarme sur ce sujet, une fois n’est pas coutume, qui nous rassemble. Les ambitions affichées par le projet de loi sont encore loin d’être à la hauteur des défis qui nous attendent.

Une promesse vieille de 50 ans

C’était l’une des grandes promesses de campagne d’Emmanuel Macron : sous son mandat, le budget alloué à l’aide au développement française doit progressivement augmenter pour atteindre 0,55% du revenu national brut en 2022, et être en bonne voie pour atteindre l’objectif historique des 0,7% — promesse des pays riches devant l’ONU il y a maintenant plus de cinquante ans. Or la pandémie est un rappel brutal du coût de l’inaction. Le refus d’atteindre les 0,7% depuis cinq décennies, c’est autant de ressources qui n’ont pas été investies dans la construction de systèmes sanitaires, sociaux et économiques plus résilients dans les pays en développement. Face à l’urgence de la situation, ayons l’audace de tenir nos promesses ! La loi doit nous engager collectivement à enfin atteindre l’objectif des 0,7% au plus tard en 2025, tout en restant exigeants vis-à-vis de la nature des financements qui participeront à l’atteinte de cet objectif ainsi que de leur volume, qui ne doit pas pâtir de la chute récente du RNB français.

L’aide française ne cible pas les pays les plus pauvres

Bien que les montants financiers soient un facteur essentiel dans la réussite de nos ambitions, la qualité de nos financements ne doit pas pour autant être sacrifiée. Une aide efficace dans la lutte contre l’extrême pauvreté, c’est une aide qui cible les zones, les secteurs et les populations qui en ont le plus besoin. Mais l’aide française ne bénéficie pas encore suffisamment aux pays les plus pauvres : sur les cinq premiers pays bénéficiaires de notre soutien, aucun n’appartient à la catégorie des pays les moins avancés (PMA). La France a par ailleurs désigné une liste de 19 PMA jugés “prioritaires”, mais pour lesquels elle n’octroie au total que 15% de son aide. Cette loi est l’occasion de nous engager à ce que ces 19 pays, parmi les plus pauvres du monde, reçoivent au moins un quart de l’aide française, et ainsi de concrétiser réellement leur caractère “prioritaire”.

Les services sociaux essentiels comme remèdes à l’extrême pauvreté

Services sociaux essentiels : derrière un terme générique, des inégalités abyssales minent l’accès aux services les plus basiques tels que la santé, l’éducation, l’eau, l’assainissement, l’hygiène et les systèmes de protection sociale. Ces services sociaux sont les pierres angulaires de la réduction de la pauvreté, mais la crise sanitaire et économique en a révélé et exacerbé les inégalités d’accès. Du fait des conséquences de la pandémie, 47 millions de femmes risquent de ne plus avoir accès à la contraception, entraînant 7 millions de grossesses non désirées dans les mois à venir. 1,5 milliard d’écoliers et d’étudiants ont vu leur formation affectée par la fermeture des établissements. 40% de la population n’a pas accès à l’eau ou au savon à domicile, augmentant les risques de contracter et de diffuser le virus. Mais pour l’instant, aucune cible concrète n’est fixée dans la loi pour apporter plus d’aide vers ces services, qui ne représentent aujourd’hui que 25% de notre aide.

Où sont les femmes ?

Autre grande priorité affichée de ce quinquennat où la loi n’est pas encore à la hauteur de ses engagements : la diplomatie féministe, adoptée officiellement par le gouvernement français il y a deux ans, à l’heure où les femmes et les filles subissent encore de manière disproportionnée les conséquences de la pauvreté. Cette année, la France s’apprête à accueillir le Forum Génération Égalité, un sommet international pour faire avancer les droits des femmes et des filles. Pourtant, la France est loin de montrer l’exemple : 26% à peine de l’aide française contribue aujourd’hui à la lutte contre les inégalités femmes-hommes. Loin derrière les autres pays porteurs d’une diplomatie féministe : le Canada et la Suède, par exemple, ont quant à eux dépassé les 85% d’aide contribuant à l’égalité femmes-hommes sur le terrain.

La France doit se donner les moyens de ses ambitions

Pays les plus pauvres, services sociaux essentiels, droits des femmes et des filles : autant de sujets qui doivent s’imposer comme priorités réelles et non seulement affichées de l’aide française. Sans objectifs concrets et chiffrés, cette loi risque de se résumer à une liste de priorités rhétoriques à court terme, sans effets concrets sur les populations qui en ont le plus besoin. Nous appelons nos collègues parlementaires à se mobiliser à nos côtés pour une politique de solidarité internationale ambitieuse, mais surtout efficace, pour mieux faire face aux crises d’aujourd’hui et de demain.

Car que ce soit pour l’émancipation économique des femmes, pour l’accès à une éducation de qualité, pour des systèmes de santé accessibles et résilients ; aujourd’hui plus que jamais, la France doit incarner et mettre en pratique les valeurs qu’elle prône sur la scène internationale. Peu importe notre orientation politique, nous avons une croyance commune : l’aide au développement, ce n’est pas une question de charité, mais de justice et d’avenir.

Annie Chapelier — Agir Ensemble

Bérengère Poletti — Les Républicains

Nicolas Forissier — Les Républicains

Bertrand Pancher — Libertés et Territoires

Frédérique Dumas — Libertés et Territoires

Hubert Julien-Laferrière — Non-inscrits

Sébastien Nadot — Non-inscrits

Christine Pires Beaune — Socialistes et apparentés

Dominique Potier — Socialistes et apparentés

Guillaume Garot — Socialistes et apparentés

A. Chapelier, F. Dumas, N. Forissier, G. Garot, H. Julien-Laferrière , S. Nadot, B. Pancher, C. Pires Beaune, B. Poletti, D. Potier

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